Le lymphœdème secondaire en détail

Le lymphœdème secondaire désigne une altération acquise du système lymphatique. Celle-ci peut survenir à la suite d’une intervention chirurgicale ou du traitement d’une tumeur, après un accident ou encore une infection.

Le lymphœdème secondaire touche 10 à 50 %(1) des patients (hommes ou femmes) qui subissent une ablation de ganglions lymphatiques ou une radiothérapie. Ce risque peut doubler après certaines interventions chirurgicales, une chimiothérapie ou une mastectomie. Des formes de cancers peuvent également être à l’origine d’un lymphœdème. Il peut être observé aux membres supérieurs et inférieurs. Une infection, une inflammation, une maladie veineuse, l’obésité, la sédentarité, un traumatisme ou une blessure sont d’autres causes possibles.

1| Le syndrome du « gros bras »

L’ablation chirurgicale de ganglions lymphatiques des aisselles (ou curage axillaire) peut faire partie du traitement chirurgical initial pour les patientes atteintes d’un cancer du sein. Si des cellules cancéreuses ont atteints les ganglions lymphatiques des aisselles, ceux-ci sont enlevés chirurgicalement. La technique du ganglion sentinelle peut être utilisée afin de déterminer l’atteinte ou non du ganglion le plus proche de la tumeur(2).

Mais cette opération peut provoquer des effets secondaires importants : la lymphe ne circule plus correctement, et s’accumule dans la peau du bras du côté du sein opéré, causant un gonflement : le lymphœdème apparaît. On parle ici de « syndrome du gros bras ».

Le risque de développer un lymphœdème est majoré quand la chirurgie est associée à la radiothérapie, quand le patient est atteint d’obésité, ou si un nombre important de ganglions est retiré. Le lymphœdème peut se manifester quelques semaines après l’opération, voire des mois, plus rarement des années. Il n’est évidemment pas systématique mais toucherait 15 à 28 % des femmes ayant subi un curage axillaire classique et 2,5 à 6,9% après technique du ganglion sentinelle(3).

2| Des accidents, maladies et thérapies à l’origine de lymphœdèmes

Le lymphœdème peut se manifester dans les jambes après le traitement de différents types de cancers comme le lymphome, le mélanome, le sarcome, les cancers gynécologiques (col de l’utérus, endomètre, ovaires, vagin, vulve), le cancer de la prostate, de la vessie, du testicule, du pénis ou du rectum.

Plus généralement, le lymphœdème est consécutif à la destruction ou au blocage des voies lymphatiques par la propagation de métastases sur les ganglions lymphatiques, la destruction chirurgicale de ces ganglions pour traiter le cancer, ou encore un traumatisme des tissus (brûlure, cicatrices), une infection ou une inflammation.

Pour les cancers gynécologiques, le lymphœdème apparaît souvent précocement : 75% au cours de la première année, avec une incidence de 20 à 40% pour les cancers utérins et des ovaires, de 36% après cancer vulvaire. Les cancers de la prostate et du testicule se compliquent en lymphœdème dans 8 à 39% des cas et les carcinomes péniens dans 50% des cas(4).

3| Evolution de la pathologie

Les premières manifestations du lymphœdème sont une sensation de tiraillement (« peau tendue »), de lourdeur ou de pesanteur. Dans le cas d’un œdème du membre inférieur, il débute le plus souvent au niveau de la cuisse et peut s’étendre au mollet et au pied. Sur le membre supérieur, il débute au niveau de l’aisselle et peut s’étendre au bras et à la main.

Au départ, l’œdème est mou. En l’absence de traitement et avec le temps, le liquide lymphatique s’accumule dans les tissus, provoquant un gonflement et un épaississement de la peau. Un œdème volumineux va restreindre la mobilité des articulations, et entraîner une gêne fonctionnelle.

Les infections appelées « érysipèles » sont la complication la plus fréquente survenant chez les personnes atteintes de lymphœdèmes. Elles compliquent 20 à 40% des lymphœdèmes(3). Elles sont dues à une bactérie, un streptocoque, qui se développe dans le membre atteint. Les signes sont l’apparition brutale d’une fièvre, des frissons, des douleurs, des rougeurs du membre et une augmentation du volume. Il est alors important de consulter un médecin car cela peut devenir une urgence médicale.

4| Sources documentaires

  1. S. Vignes, M. Arrault, M. Ebelin ; Effet délétère d’un acte chirurgical sur le volume d’un lymphœdème du membre supérieur après cancer du sein – Doi : JMV-09-2006-31-4-0398-0499-101019-200519764
  2. Les lymphœdèmes des membres : diagnostic, exploration, complications – S. Vignes, M. Coupé, F. Beaulieu, L. Vaillant, pour le groupe « Recommandations » de la Société Française de Lymphologie – Journal des Maladies Vasculaires (2009) 34, 314-322
  3. Stéphane Vignes – Sang Thrombose Vaisseaux 2008 ; 20, n° 6 : 315-21 – Lymphœdèmes secondaires du membre supérieur
  4. Le lymphœdème du membre inférieur – Marlène Coupé
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